Nathan Kabuma

Adriana Pitelberg

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« Rendu final de mon exercice consistant à créer une histoire à partir d’un personnage se nommant Adriana Pitelberg. Le but étant de se rendre compte de l’importance du choix des noms dans la construction de nos personnages. Exercice réalisé en 2020. En fin de ce texte se trouvent les commentaires écrits par des internautes ».

Adriana Pitelberg

C’était probablement un des maux de tête les plus lancinants de sa vie. « Le journalisme à son plus haut niveau », pensa-t-elle en se massant les tempes. À ses côtés, son collègue Marty Prior, ne loupait rien de l’exténuation de la trentenaire. Dans ses yeux enjoués se rejoua le film de sa journée : de l’ennui mélangé à de la procrastination. Il savait qu’il pouvait compter sur Adriana pour ne pas se faire remarquer dans sa flemmardise maladive. Marty illustrait ce que les journalistes de la trempe d’Adriana haïssait : il était pistonné. Méconnaissant, hésitant, redondant…Marty se savait étranger parmi la pléiade des fines plumes du New York Times. 

Tout le contraire d’Adriana Pitelberg. Méritante, innovante…et aussi naïve au possible. Quand Marty lui avait demandé de s’occuper de la relecture de sa dizaine d’articles, à cause d’un prétendu burn-out, Adriana avait avalé son mensonge comme Marty avalerait son graisseux sandwich quotidien. Cette migraine, surchauffant sous la boite crânienne de la rouquine, c’était en
partie de sa faute.


– Tu veux que je t’apporte de l’eau ? se pencha-t-il vers Adriana, pliée sur son siège à roulettes.

– Au milieu des allées et venues des salariés, freelances, et rédacs en chef, Marty eut du mal à percevoir la réponse de son amie :

– Je préfère rentrer à l’appartement, confia-t-elle, doigts glués sur ses tempes.

– Tu es sûre que tu ne veux pas d’eau plate ? Je sais que c’est ta boisson préférée, lança-t-il maladroitement pour la consoler.

– Tu es gentil, Mart’, soupira-t-elle pour tout sourire. Mais ça ira. Papa vient chez moi et je veux le recevoir avec le moins de neurones grillés.


Pitelberg Père était de ces hommes fabriqués par la froideur de la Suède. Rigoureux jusque dans sa relation maritale, il ne laissait rien entre les mains du hasard. À tel point qu’à la naissance de son unique progéniture, il s’était juré qu’elle deviendrait, au pays de l’oncle Sam, ce qu’il a longtemps été dans le pays de Nelly Sachs (ou le pays de Zlatan Ibrahimovic, selon la version de son seul petit frère) : une pointure du journalisme. Pitelberg Père, c’était plus de quinze années à prêter sa voix métallique aux ondes de « Sveriges Radio », la radio nationale publique. Et plus du double à laisser son empreinte écrite indélébile dans les colonnes du très sérieux « Dagens Nyheter ». 

Fille d’un critique culturel proche du ghotta des arts et des lettres suédois, Adriana n’a fait que suivre le parcours paternel. Née à Helsingborg, à trois-quarts d’heure de Malmö, comme ses aïeux, elle a piqué l’ADN de Pitelberg Père à vitesse grand V : son désamour pour le sport, ses critiques culturelles acerbes, ses fous rires glacials, son judaïsme assumé, et même son nez crochu. Seule différence : Adriana était une critique littéraire pleine d’humour et de tendresse dans la vie de tous les jours, pendant que son père trainait sa froideur avec lui-même après avoir quitté les locaux de sa rédaction. Adriana ne lui en voulait pas : elle savait que depuis 2009, l’incendie criminelle dans la synagogue d’Helsingborg l’avait profondément meurtri. Plus acide, plus amer, Pitelberg Père respirait le spleen. Onze ans plus tard, son attitude envers les coupables islamistes ne s’était pas apaisée, et sa fille pouvait sentir du racisme poindre dans certaines de ses discussions avec elle.

Elle n’en aurait pas été réellement inquiétée si, une semaine avant, un de ses collègues déterminé à arracher le Pullitzer ne l’avait pas rabâchée avec cette histoire d’homicide sur un Afghan, dans les rues de Manhattan.

Un scandale dans lequel son père était mystérieusement impliqué…

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